[…]
Ce n’était pas 
un rêve ; c’était plutôt comme une réminiscence vague, 
ondoyante, confuse, fugitive. Tous les souvenirs de 
l’amour passé lui remontaient à l’esprit, mais brouillés ; 
et ils lui donnaient une impression indistincte, dont 
elle ne savait pas si c’était du plaisir ou de la douleur. 
Cela ressemblait à l’indéfinissable parfum d’un gros 
bouquet de fleurs fanées, où chaque fleur a perdu la 
vivacité propre de ses teintes et de sa fragrance.

Elle ne savait pas si c’était du plaisir ou de 
la douleur; mais, peu à peu, cette agitation mysté- 
rieuse, cette inquiétude indéfinissable grandissaient et 
lui gonflaient l’âme de délice et d’amertume. Les 
pressentiments obscurs, les émois occultes, les regrets 
inavoués, les craintes superstitieuses, les aspirations 
combattues, les douleurs réprimées, les rêves étouffés, 
les désirs non satisfaits, tous ces éléments troubles dont 
sa vie intérieure était composée, tout maintenant 
fermentait et se soulevait en tempête.


Il piacere, Gabriele d’Annunzio